De quelle manière finissons-nous par être dépendants de nos émotions négatives, ou plus précisément de ce que l’on appelle les hormones du stress ?
Au moment où nous réagissons à n’importe quelle situation apparemment menaçante dans notre monde extérieur — que la menace soit réelle ou imaginaire — notre corps sécrète des hormones du stress afin de mobiliser d’énormes quantités d’énergie en réaction à cette menace. Alors, le corps se déséquilibre : c’est exactement ainsi qu’opère le stress. Il s’agit d’une réaction naturelle et saine, car, au temps préhistorique, ce cocktail chimique d’adrénaline et de cortisol, ainsi que d’autres hormones similaires, était libéré lorsque nous faisions face à un danger dans le monde extérieur. Par exemple, lorsqu’un prédateur nous poursuivait, il fallait réagir rapidement : se battre, fuir ou se cacher.
Quand on se trouve en mode survie, on devient automatiquement matérialiste, au sens où l’on définit la réalité d’après nos sens : ce que nous voyons, entendons, sentons, touchons et goûtons. De plus, notre attention se rétrécit et se porte exclusivement sur la matière, c’est-à-dire sur notre corps, qui existe dans un espace et une période spécifiques. Les hormones du stress nous amènent à concentrer toute notre énergie sur le monde extérieur, car c’est là que réside le danger. À l’époque des humains primitifs, cette réaction était adaptée et nous maintenait en vie. Une fois le danger écarté, les taux d’hormones du stress revenaient à l’équilibre.
Mais de nos jours, ce n’est plus le cas. Il suffit d’un appel téléphonique, d’un SMS ou d’un e-mail de notre patron ou d’un membre de notre famille, suscitant une vive réaction émotionnelle — colère, frustration, peur, angoisse, tristesse, culpabilité, souffrance ou honte — pour que notre système nerveux primitif s’active et nous fasse réagir comme si nous étions poursuivis par un prédateur. Et chimiquement, la situation perdure : la menace externe ne semble jamais s’estomper. En vérité, beaucoup passent la majeure partie de leur temps dans cet état de stimulation intense. Cela devient chronique. C’est comme si le prédateur ne vivait plus dans la nature et ne montrait plus seulement ses crocs à l’occasion, mais qu’il partageait désormais notre grotte ; c’est à cela que l’on pourrait comparer un collègue toxique dont le bureau se trouve juste à côté du nôtre.
Ce genre de stress chronique n’est pas adapté. Lorsque nous survivons, et que les hormones du stress — telles que l’adrénaline et le cortisol — sont continuellement sécrétées, nous restons sur le qui-vive au lieu de revenir à l’équilibre. Quand ce déséquilibre s’installe à long terme, la maladie finit par nous guetter, car un stress prolongé ralentit l’expression saine de nos gènes. En fait, notre corps se conditionne tellement à la montée de ces substances chimiques qu’il en devient dépendant, comme d’une drogue.
Vivre en mode survie a pour effet, à long terme, de créer une dépendance aux hormones du stress. Et plus nous sommes dépendants, plus nous nous identifions à notre corps et à sa localisation, celui-ci se trouvant dans un lieu spécifique de l’espace et occupant une position particulière dans le temps linéaire. Il en résulte un état de frénésie qui nous amène à tourner sans cesse notre attention vers une personne, puis vers un problème, ensuite une chose, ou encore un lieu dans notre environnement.
La caractéristique évolutive qui, autrefois, nous protégeait travaille désormais contre nous. Nous vivons dans un état constant d’alerte, obsédés par le temps. Et comme nous percevons notre environnement comme une menace pour notre sécurité, toute notre attention se tourne vers l’extérieur.
Notre monde extérieur paraît alors plus réel que notre monde intérieur, et nous en devenons dépendants. Plus nous vivons dans cet état, plus notre cerveau fonctionne en ondes bêta à haute fréquence. Or, lorsque nous restons longtemps sous l’influence de ce type d’ondes cérébrales, nous ressentons de la souffrance, de l’angoisse, de l’inquiétude, de la peur, de la colère, de la frustration, de l’impatience, ou encore de l’agressivité. Nous sommes alors en proie au jugement et à l’opposition, ce qui rend nos ondes cérébrales incohérentes — et, par conséquent, nous aussi.
Lorsque nous sommes sous l’emprise des émotions liées à la survie, nous avons besoin de situations extérieures — problèmes, difficultés financières, peur du terrorisme, dédain au travail — pour réaffirmer notre dépendance à ces émotions. Toute notre attention se focalise alors sur ce que nous croyons être la cause extérieure de notre contrariété, qu’il s’agisse d’une personne ou d’une circonstance — ce qui active le gène de la survie. Nous tombons alors dans le syndrome de la prophétie autoréalisatrice.
Si vous comprenez que votre pouvoir va là où vous placez votre attention, vous savez que plus votre réaction émotionnelle à une cause perçue est forte, plus votre attention se tourne vers la personne, la chose ou le problème extérieur en question. En agissant ainsi, vous livrez une partie de votre énergie, de votre pouvoir personnel. Vous devenez alors obnubilé par le monde tridimensionnel, et votre état émotionnel vous amène à réaffirmer sans cesse votre réalité présente.
