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Devenir soi? Ou juste devenir juste un pigeon des méthodes complémentaires?

541438700 10162712806839933 6335886486925188769 nDevenir ou Être : l’impasse des recettes toutes faites
 
Nous vivons à une époque saturée de méthodes, de programmes et de promesses. Partout, des techniques sont proposées pour « devenir » : devenir productif, devenir riche, devenir charismatique, devenir plus « spirituel », devenir toujours plus. Chaque livre de développement personnel, chaque formation, chaque tutoriel semble chuchoter la même injonction : « Tu n’es pas encore assez, mais voici comment y arriver. »
 
Sous-jacente à ces stratégies se cache une idée simple mais profondément trompeuse : l’Être serait une destination atteignable par étapes, par protocole, par accumulation ou par transformation. C’est comme si nous concevions l’existence comme une sorte d’escalier à gravir : plus d’expériences, plus de connaissances, jusqu’au jour où — enfin — nous serions « quelqu’un ».
 
Cette vision a débouché sur une véritable industrie de la promesse. Aujourd’hui, nous sommes entourés de techniques “magiques” ou “prouvées” qui prétendent offrir un raccourci vers l’illumination ou le bien-être, chacune proclamant détenir la clé manquante qui ferait basculer notre existence dans l’éveil ou la guérison. En vérité, ces méthodes sont revendues comme des eldorados, par des praticiens qui ne sont que des vendeurs d’illusions. Et qu’on ne s’y trompe pas : c’est une honte de profiter ainsi de la fragilité et de la quête sincère des êtres pour leur monnayer des mirages.
 
Or, justement, ce que l’on nomme « Être » n’a rien d’un objectif. L’Être n’est pas un résultat, mais une évidence première — toujours déjà là. Le chercher à travers des recettes, des stages ou des cartes divinatoires revient à courir après son ombre : plus on s’agite, plus elle s’éloigne. Et plus on continue cette course, plus se renforce le sentiment paradoxal d’incomplétude, comme si nous étions condamnés à une quête interminable et, surtout, rentable pour ceux qui exploitent ces manques et jouent aux guides spirituels alors qu’ils ne sont que des commerçants de simulacres.
 
Les croyances qui nous font penser que nous pourrions « avoir » l’Être, comme on acquiert un savoir ou une compétence, entretiennent la plus puissante des illusions : celle de manquer de soi-même. Croire qu’il faudrait ajouter, corriger, ou « mériter » l’Être revient à nier la simple réalité du « je suis » qui ne dépend ni d’un effort, ni d’un manuel, ni d’une performance.
 
Cet écart – entre l’idéal de ce que nous pensons devoir être et la conscience de ce que nous sommes déjà – engendre frustration et mal-être. Plus on poursuit l’image d’un soi « à devenir », plus on s’éloigne d’une présence nue, simple, silencieuse. C’est comme une personne qui, tenant déjà un trésor entre les mains, passerait sa vie à chercher fébrilement ce même trésor dans le monde : elle ne verra jamais ce qui brille pourtant, juste là, sous ses yeux.
 
Être ne s’atteint pas. Être se reconnaît.
 
C’est une expérience de dépouillement, non d’accumulation. Cela ne demande pas d’ajouter une nouvelle technique à notre arsenal ou a expérimenter, mais plutôt de voir – très simplement – que l’élan à chercher est lui-même ce qui entretient l’illusion. Chaque fois que nous croyons devoir aller ailleurs, nous tournons le dos à l’intuition la plus immédiate : nous sommes déjà là où nous pensions devoir arriver.
 
En réalité, rien n’est à obtenir. L’Être n’est pas une quête, mais une re-connaissance : revenir au point d’origine, à l’expérience immédiate de vivre, sans filtre, sans commentaire, sans scénario. Reconnaître que, derrière les rôles, les ambitions et les masques, demeure ce silence stable que rien n’entame.
 
Certains rappels, toutefois, sont précieux. La kinésiologie, dans son approche originelle et non dévoyée, illustre cela: elle part du corps et de son langage, non pour construire une chimère de « devenir », mais pour libérer et ramener à ce qui est déjà là. Quand elle n’a pas été galvaudée et transformée en gadget new age « éthérique » par des fous avides de séduire, elle ne cherche pas à “fabriquer” un soi idéal, mais à aider à reconnaître un état présent, immédiat, sans ajout artificiel. Elle ne promet pas un futur fictif, mais délivre une résonance avec ce qui est. Dans les mains de praticiens aux techniques intègres, elle conserve cette noblesse. Mais dans celles de fumistes au méthodes dévoyées, elle devient une caricature, une supercherie de plus au service du marché de l’illusion.
 
On peut bien apprendre mille manières de « faire », ou se noyer dans les illusions vendues comme “initiations” ou « activation » — l’Être, lui, était déjà là avant la quête, et demeure après elle. Il ne dépend pas d’une condition, il ne dépend pas d’un futur.
 
Et c’est peut-être là le véritable paradoxe : plus nous cesserons de vouloir « devenir », plus nous goûterons ce que signifie simplement Être.